Le 25 juin 2015 à l’Hôtel de la Marine, Groupama Team France se mettait en ordre de marche pour lancer officiellement le défi français dans la 35e Coupe de l’America. Deux ans plus tard, après des milliers d’heures de travail, l’équipage tricolore est aux Bermudes prêt à livrer bataille dans la plus prestigieuse des compétitions de voile au monde. Deux ans à franchir les étapes, l’une après l’autre, avec le même acharnement, le même objectif de faire briller l’équipage français.

Franck Cammas : "Nous sommes tous très concentrés"

Aux Bermudes où il peaufine sa préparation avec ses coéquipiers avant d’attaquer la compétition, le skipper de Groupama Team France, Franck Cammas, a répondu à nos questions. L’occasion de faire le point avec lui avant le sprint final du défi français.

Franck, pouvez-vous nous rappeler comment s’est passée l’installation de vos équipes aux Bermudes ?

Une partie de l’équipe est arrivée sur place mi-janvier 2017 pour monter les 3 tentes de notre base. La première tente pour l’aile, la seconde pour la plateforme du bateau et la troisième qui est la tente de vie comprenant la salle de sport, la cantine, etc. Nous disposons également de préfabriqués qui servent aux ingénieurs et à toute la logistique. Au final, ce sont 50 personnes qui ont préparé la zone en 25 jours.

Puis le 13 mars, le Class AC a été mis à l’eau ?

Oui, nous en avons alors profité pour passer la journée à travailler sur le bateau, avec les navigants et l’équipe technique, en vue de notre première navigation d’entraînement. Nous avons ainsi effectué des simulations de manœuvres, hissé toutes les voiles, essayé toutes les configurations possibles de réglages de l’aile… Bref, nous avons passé en revue le fonctionnement de tous les systèmes qui se trouvent à bord.

Suivez-vous de près vos cinq adversaires ?

Bien sûr. Au début nous avons effectué plusieurs sessions sur l’eau en semi-rigides, afin de prendre plusieurs séries de photos et de vidéos de nos concurrents et ainsi tenter d’analyser la manière dont ils manœuvrent. Le but, c’est de se rendre compte de ce qu’ils font de bien et de moins bien et, le cas échéant, nous donner des idées sur notre propre manière de naviguer.

Nous sommes fiers du résultat.

Comment vous préparez-vous physiquement depuis votre arrivée aux Bermudes ?

D’abord, notre préparation physique n’a jamais cessé, même lorsque nous étions encore en France en ce début d’année 2017. Depuis notre arrivée aux Bermudes, nous faisons deux séances de sport de 1h/1h30 le matin, et encore la même chose l’après- midi, soit environ trois heures d’activités physiques par jour. Sur les neuf membres de notre équipage, nos six grinders tout particulièrement ont multiplié des séances extrêmement musclées. Notamment en effectuant des tests « d’efforts max » qui durent une quarantaine de minutes. Cet entraînement très éprouvant se déroule en tournant des manivelles sur des machines qui représentent le même mouvement que les colonnes de winch que l’on trouve à bord du bateau. Cet exercice est donc représentatif de ce qui va se passer ensuite en régate. Ce qui est encourageant, c’est que régulièrement sur ce test nos grinders battent leur précédent record.

Et pour les autres marins ?

Pour moi, le barreur, ou pour les deux régleurs
 d’aile, la préparation a été
 un peu différente car nous devons être plus légers pour laisser la possibilité aux grinders de prendre de la masse musculaire, le règlement de la Coupe de l’America nous imposant un poids maximum par équipage (ndlr : 525 kilos au total pour les six marins à bord). Donc, la préparation physique a d’abord été axée sur des exercices d’endurance en pratiquant de la natation, du footing ou encore du vélo.

Les Bermudes, c’est un peu la carte postale. Ça doit vous changer de la rade de Brest ?

(Il rit) C’est vrai qu’aux Bermudes l’eau est turquoise et que, de ce point de vue, ça nous change de notre base de Lanvéoc-Poulmic. Sauf qu’ici le vent souffle souvent extrêmement fort. Au cours des trente premiers jours de notre présence aux Bermudes, nous avons connu au moins 40% de jours à plus de 25 nœuds, c’est étonnant ! Du coup, même nos concurrents se sont peu entraînés à cause de ce vent qui soufflait bien trop fort.

Parlons justement de vos entraînements sur l’eau, de vos premières impressions à bord du Class AC.

Elles sont plutôt bonnes. Par rapport à l’AC 45, le fait que le Class AC soit un peu plus grand pardonne davantage car il est un tout petit peu moins volage. Nous disposons aussi d’un nouveau système qui économise beaucoup plus l’énergie hydraulique qu’auparavant, ce qui permet, durant nos manœuvres, de ne pas être en limite d’énergie. C’est tout un tas de petites choses qui nous facilitent une régate mais néanmoins, les sensations ressenties à bord des deux bateaux sont très proches.

Si proche du premier défi face à Oracle, comment est l’état d’esprit de l’équipe ?

Plus l’échéance approche, plus la concentration au sein de l’équipe devient forte. Tout l’équipage français est particulièrement concentré sur l’objectif. Reste que puisque nous sommes un outsider de la compétition, cela nous enlève ainsi probablement un peu de pression. Ce qui n’est pas le cas de Oracle, qui est le Defender et qui doit absolument l’emporter.

Est-ce que en course vous adapterez votre stratégie selon l’adversaire rencontré ?

Non, en matière de choix tactique et stratégique, le niveau est très homogène et tous les équipages auront donc des réactions très proches. En revanche, on sait qu’on aura probablement plus de chances de gagner contre tel adversaire que contre tel autre. Ce qui veut dire quand même que contre certains concurrents , il faudra peut-être prendre davantage de risques pour espérer l’emporter.

Le facteur chance peut-il avoir sa place dans un match-race ?

Oui, d’une certaine manière, bien que ce soit très relatif. La chance, si on peut utiliser ce terme, peut surtout survenir à la suite d’une erreur commise par l’adversaire. Si lors d’une course notre concurrent n’est pas à son niveau habituel, ce sera une chance pour nous. Mais nous ne misons que sur nos compétences, pas sur la défaillance d’un adversaire.

Trois autres marins de l’équipe, nous ont livré leur impression depuis leur arrivée aux Bermudes. Rencontre.

OLIVIER HERLEDANT

Tous dans le même bateau.

Comment définiriez-vous l’ambiance au sein de l’équipe ?

Bonne ! Nous passons beaucoup de temps entre navigants au quotidien. Depuis le départ du bus le matin jusqu’à tard le soir, on vit entre nous 15 heures par jour.

Durant la compétition, il y aura des titulaires et des remplaçants, comment le vivez-vous ?

Nous sommes tous des sportifs de haut niveau et chaque marin a envie de participer pour apporter le maximum à l’équipe. Évidemment, tout le monde a envie d’être à bord, mais cela crée une émulation très saine entre nous.

Est-ce une aventure qui se partage avec toute l’équipe ?

Évidemment, chaque matin, une grosse partie de toute l’équipe de France arrive groupée en bus pour le briefing matinal commun : techniciens, navigants, designers, cuisinier…, nous devons tous nous synchroniser.

NICOLAS HEINTZ

Être bien dans sa tête et dans son corps

Nicolas, hors navigation, une journée-type pour vous aux Bermudes, ça ressemble à quoi ?

L’équipage démarre chaque matin à 8 heures par une séance de musculation jusqu’à 10 heures. Ensuite, de 10h30 jusqu’à midi on va donner un coup de main à l’équipe technique sur le bateau. Puis on se rend sous la tente où se trouve notre cantine pour déjeuner avant de retourner bosser sur le Class AC. À partir de 15h30, on repart faire du sport mais cette fois avec des exercices de puissance et de cardio spécifiques aux grinders, sur des machines dédiées.

Lorsqu’on s’entraîne dur, le risque c’est la blessure, on y pense ?

Bien sûr mais nous sommes entourés par des préparateurs physique et mental très compétents. Notre coach physique Neil MacLean-Martin, qui est également kiné, est ainsi très attentif au calcul des charges que nous soulevons et à nos postures lors de nos séances de musculation. Alexis Landais, notre coach mental, nous a aussi aidés à être plus costauds mentalement, mais aussi à mieux gérer la pression en course. Être bien dans sa tête et dans son corps diminue forcément le risque de blessure.

DEVAN LE BIHAN

Je me sens plus fort avec ma famille à mes côtés.

Devan, quand êtes-vous arrivé aux Bermudes ?

Je suis arrivé aux Bermudes dès le mois de février, durant nos jours de repos, avec ma petite amie et mon fils de deux ans. Je voulais les installer dans les meilleures conditions et en profiter pour prendre la température du lieu et commencer à travailler.

C’était important pour vous de venir en famille ?

Vous savez, ce projet dure depuis bientôt deux ans et je n’ai pas eu beaucoup d’occasions de les voir durant cette période. Alors, repartir aux Bermudes pour quatre mois sans pouvoir être avec eux, cela aurait été vraiment très dur. Bien entendu, le projet sportif reste ma priorité mais je suis néanmoins heureux d’avoir l’occasion de profiter d’eux quelques minutes chaque jour.

Ce rapprochement familial influe-t-il sur votre mental ?

C’est rassurant de les savoir à mes côtés, je suis moins préoccupé de savoir comment ils vont et je n’ai pas à trouver les bons créneaux pour les appeler… Oui, forcément, je me sens plus fort et plus serein en les sachant avec moi.

ARRÊT SUR IMAGES

Dans quelques jours aux Bermudes, le défi français concourra face à ses cinq adversaires. L’occasion de revenir sur les deux années qui viennent de s’écouler. Des moments de joie et de fierté qui retracent certaines étapes-clefs qui ont mené le défi français jusqu’aux Bermudes pour disputer cette 35e édition de la Coupe de l’America, à découvrir ci-dessous.

Bienvenue aux Bermudes

Quelques semaines avant le jour J, Groupama Team France a posé ses valises aux Bermudes où se déroulera la 35e Coupe de l’America. L’occasion pour le défi tricolore de s’acclimater à ce nouvel environnement et de découvrir les secrets de l’archipel britannique.

 

 

L’ARCHIPEL

Paradis paysager (et fiscal), les Bermudes baignent dans l’Océan Atlantique nord, à l’est des États-Unis. Bien que situé à près de 1000 kilomètres des côtes américaines, c’est sous l’égide de la reine Elisabeth II que l’archipel évolue en tant que territoire d’outre-mer.

Britanniques depuis 1707, les quelques 120 îles de corail qui le composent accueillent plus de 70 000 habitants, régulièrement rejoints par de riches touristes en soif de farniente. L’archipel bénéficie en effet d’un climat clément qui varie de 18 à 30°C selon les saisons.

Les phases finales de la 35e Coupe de l’America débutant le 26 mai prochain, les équipes seront confrontées aux tendances printanières : une température oscillant entre 23 et 30°C et de faibles précipitations.

 

À L’ORIGINE

Comme nombre de découvertes, c’est le nom de celui qui l’a trouvé en 1515 qui a été attribué à l’archipel. Ainsi les Bermudes seraient sorties par hasard de l’ombre grâce à Juan Bermudez, navigateur et explorateur espagnol, dont le bateau aurait fait naufrage au large de leurs côtes. De ce même patronyme provient ainsi le “bermuda” que l’on trouve dans les dressings. Il a été appelé comme ceci en référence aux pantalons raccourcis (à cause de la chaleur) des militaires britanniques qui se trouvaient sur place au début du XIXe siècle.

 

LA LÉGENDE

Pour beaucoup, les Bermudes cachent une légende à faire pâlir les matelots. Associé à Miami et à Porto Rico, l’archipel britannique forme un triangle dont les amateurs de catastrophes aiment alimenter le mystère. Dérèglement de matériel, disparitions d’avions et de bateaux, incidents en pagaille, des centaines d’événements ont participé à la création d’un mythe aujourd’hui largement amoché par la science. Bien cachés derrière ces contes, les éléments rationnels ont repris le dessus sur les chimères : conditions météorologiques difficiles, densité du trafic, gisements d’hydrate de méthane… Et si le responsable de la légende du Triangle des Bermudes était tout simplement dame Nature ?

LE VILLAGE DE L'AMERICA'S CUP

Découvrez le village de l’America’s Cup dans cette vidéo en 3D de l’ACEA (America’s Cup Event Authority).

LES ÉQUIPES

Plus que la mer et les vagues, ce sont de sérieux concurrents que devra affronter Groupama Team France lors de la Coupe de l’America. Du tenant du titre Oracle Team USA, au puissant Emirates Team New Zealand en passant par les Suédois d’Artemis Racing, tour d’horizon des participants engagés dans cette 35e édition.

ORACLE TEAM USA

Vainqueur de la 34e Coupe de l’America, Oracle Team USA est de ces concurrents de taille à qui il fait bon voler la victoire. Déjà barrée par James Spithill en 2013, l’équipe américaine a bien failli laisser échapper le titre, challengée de très près par Emirates Team New Zealand. Alors qu’il était mené 8-1, Oracle est en effet parvenu à remonter tout son retard pour finalement l’emporter 9-8 contre les Kiwis.

 

JAMES SPITHILL (AUSTRALIEN)

  • Vainqueur de la Coupe de l’America 2013 avec Oracle Team USA
  • Vainqueur de laCoupe de l’America 2010 avec BMW Oracle Racing

GROUPAMA TEAM FRANCE

Groupama Team France, c’est une équipe soudée et un objectif : représenter fièrement la France dans cette compétition.

Barré par « Le petit Mozart de la voile », Franck Cammas, soutenu par les légendes Michel Desjoyeaux et Olivier de Kersauson, le défi tricolore compte sur la cohésion de ses membres, leur expérience et leur motivation sans faille pour remporter le plus vieux trophée sportif du monde qui échappe depuis toujours à la France.

 

FRANCK CAMMAS (FRANÇAIS)

  • Vainqueur de la Volvo Ocean Race 2011-2012
  • Vainqueur de la Transat Jacques Vabre en 2001, 2003 et 2007
  • Vainqueur de la Route du Rhum en 2010
  • Vainqueur du Trophée Jules-Verne en 2010

EMIRATES TEAM NEW ZEALAND

Deux fois vainqueur de la Coupe de l’America en 1995 et en 2000, Emirates Team New Zealand a bien failli connaître une troisième victoire après avoir mené 8-1 contre Oracle Team USA en 2013. Finalement dépassé par son concurrent, le finaliste de la précédente édition compte bien aller au bout de l’exercice cette année, porté par son skipper Glenn Ashby, 15 fois champion du monde.

 

GLENN ASHBY (AUSTRALIEN)

  • Vainqueur de la Coupe de l’America en tant qu’entraîneur avec BMW Oracle Racing en 2010
  • Médaille d’argent en Tornado aux JO de 2008
  • 15 fois champion du monde entre 1996 et 2015

ARTEMIS RACING 

Artemis Racing a déjà vu passer dans ses voiles de nombreuses têtes d’affiche françaises, dont Michel Kermarec, Simon Watin, Nicolas Rousselon ou encore Loïck Peyron. Son team est aujourd’hui composé de sportifs tout aussi expérimentés, dont son skipper Nathan Outteridge. Parce qu’ils ont déjà participé près d’une dizaine de fois à la Coupe de l’America, la plupart des membres qui composent l’équipe sont déjà familiarisés avec la compétition.

 

NATHAN OUTTERIDGE (AUSTRALIEN)

  • Médaille d’or aux JO de 2012 en 49R
  • Médaille d’argent aux JO de 2016 en 49R
  • Double champion du monde en 2008 et 2009

SOFTBANK TEAM JAPAN

Jusqu’alors, jamais une équipe japonaise n’a remporté la Coupe de l’America. Le défi est ainsi de taille pour Softbank Team Japan, barrée par l’expérimenté Dean Barker. Skipper du défi néo-zélandais de 2000 à 2013, il remporte la Coupe de l’America en 2000 puis échoue trois fois en finale par la suite, dont la dernière en 2013 contre les Américains d’Oracle. Aura-t-il soif de revanche ?

 

DEAN BARKER (NÉO-ZÉLANDAIS)

  • Vainqueur de la Coupe de l’America en tant que skipper d’Emirates Team New Zealand en 2000
  • Finaliste de la Coupe de l’America avec EmiratesTeam New Zealand en 2003, 2007, 2013

LAND ROVER BAR

Équipe récente construite par Sir Ben Ainslie – gagnant de la 34e Coupe de l’America en tant que tacticien arrière sur Oracle Team USA -, c’est la première fois que Land Rover BAR participe à la Coupe de l’America. Adulé dans son pays, anobli par la reine en 2013 pour récompenser ses nombreuses victoires, Ben Ainslie porte aujourd’hui la responsabilité de rapporter le trophée qui échappe depuis 1851 au Royaume-Uni.

 

BEN AINSLIE (ANGLAIS)

  • Vainqueur de la Coupe de l’America en tant que tacticien avec Oracle Team USA en 2013
  • Quintuple médaillé Olympique en Laser et en Finn (1996, 2000, 2004, 2008, 2012)

LE TRACÉ ET LE RÈGLEMENT DE LA COURSE

Top départ : Passage de bouée, qualifiers, match-race,… Découvrez le parcours et le règlement de cette 35ème Coupe de l’America.

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Délimitation de la zone de course.

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Sas de départ. Les bateaux cherchent à se positionner au mieux avant de franchir la ligne de départ.

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Les bateaux franchissent la ligne de départ. C’est à ce moment, entre le départ et la première bouée, qu’ils doivent le plus rapidement possible se mettre à voler.

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Au passage de la première bouée, le bateau positionné à l’intérieur est souvent avantagé.

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Les bouées forment une porte dans laquelle les équipes doivent passer avant de rejoindre le point 6.

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Ici aussi les équipes choisissent quelle bouée contourner pour retourner au point 5, avant d’atteindre l’arrivée en sprint final.

LE RÈGLEMENT

Après avoir écumé le circuit préliminaire durant neuf étapes en flotte entre juillet 2015 et novembre 2016, les six équipages engagés dans cette 35e Coupe de l’America vont désormais en découdre en duel (match-race), aux Bermudes, à partir du 26 mai prochain, sur leur Class AC.

Découvrez les différentes étapes qualificatives qui mèneront jusqu’à la finale et la remise de l’aiguière d’argent à l’équipage vainqueur.

 

 

 

QUALIFIERS

DU 26 MAI AU 3 JUIN 2017

Cette première phase regroupe tous les participants (le Defender et les Challengers) qui se rencontreront à deux reprises, soit 10 duels par équipe. Chaque équipage marque 1 point par course gagnée. Le Defender, quel que soit son classement à l’issue des Qualifiers, sera directement qualifié pour la finale de la Coupe de l’America. En revanche, le Challenger ayant obtenu le moins de points sera éliminé.

BONUS

L’équipage britannique ayant terminé à la première place du circuit préliminaire sera crédité de 2 points de bonus sur ses adversaires à l’entame des Qualifiers.

 

 

 

PLAYOFFS

DEMI-FINALES DES PLAYOFFS

DU 4 AU 8 JUIN 2017

Les quatre challengers qualifiés lors des Qualifiers sont versés dans deux groupes différents afin de disputer chacun sa propre demi-finale contre un adversaire direct, soit deux groupes de deux équipages. Chaque course remportée rapporte 1 point. Le premier de chaque groupe à atteindre 5 points remporte sa demi-finale.

FINALE DES PLAYOFFS

LES 10 ET 11 JUIN 2017

Les deux équipages demi-finalistes victorieux de chaque groupe s’affrontent ensuite dans un mano a mano où le premier à prendre 5 points (toujours 1 point par victoire, soit au meilleur des 9 manches) ira affronter le Defender lors de la grande finale.

 

 

 

MATCH

DU 17 AU 27 JUIN 2017

La finale de la Coupe de l’America opposera le Challenger vainqueur des Playoffs au Defender (Oracle Team USA). Le trophée reviendra au premier des deux équipages qui aura atteint les 7 points (1 point marqué par victoire). La finale peut ainsi se jouer au meilleur des 13 manches. Si au terme des huit premiers duels disputés lors des 4 premières journées le vainqueur n’est toujours pas connu, la compétition se poursuivra pour 2 journées supplémentaires. À l’issue de ces dernières régates – cinq au maximum – une équipe sera alors forcément désignée vainqueur de la 35e édition de la Coupe de l’America.

Red Bull Youth America's Cup

La compétition Red Bull Youth America’s Cup a été organisée pour la première fois en 2013, à San Francisco. Forte du succès de l’édition précédente, la seconde édition de la « Youth » se tiendra en juin 2017 aux Bermudes. Explications.

Elle s’adresse à des marins dont l’âge est compris entre 19 et 24 ans. Cette seconde édition regroupe 12 équipages au total qui s’affronteront aux Bermudes en juin 2017. Cinq des douze équipages sont directement engagés pour la compétition, car partageant la même nationalité que les Challengers de la Coupe de l’America 2017 : la France, le Japon, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande et la Suède ; tandis que le sixième, les Bermudes, a été invité dans la compétition par l’actuel Defender. Les six autres nations participantes ont été sélectionnées par les deux directeurs de la Red Bull Youth America’s Cup. Il s’agit du Danemark, de l’Allemagne, de l’Autriche, des États-Unis, de l’Espagne et de la Suisse.

L’ÉQUIPAGE TEAM FRANCE JEUNE

Les huit jeunes régatiers Team France Jeune sont tous issus de la Filière d’Excellence Team France née fin 2015 à l’initiative de Franck Cammas, Olivier de Kersauson et Michel Desjoyeaux. Il s’agit d’un projet innovant, créé sous l’impulsion de l’Association Team France, avec le soutien de ses partenaires institutionnels, publics et privés. L’objectif du dispositif Team France Jeune vise à mettre en place une filière française pour le futur de la Coupe de l’America, en détectant puis en formant un collectif de jeunes marins français prometteurs. Depuis novembre 2015, trois vagues de sélections de jeunes régatiers se sont ainsi succédées dans toute la France au sein de la Filière, jusqu’à la sélection finale en décembre 2016 des 8 jeunes âgés de 20 à 23 ans qui représenteront les chances françaises aux Bermudes en juin 2017.

LE BATEAU DE LA COMPÉTITION

Les équipages navigueront sur des bateaux proches de ceux qu’utilisent les équipages professionnels, à savoir des catamarans AC 45 monotypes de 13,45 mètres, équipés de foils avec une aile rigide et capables d’atteindre une vitesse de plus de 35 nœuds (65 km/h).

PHASES DE QUALIFICATION : 12 AU 16 JUIN 2017

Les phases de qualification se dérouleront entre deux poules distinctes, composées de six équipages chacune. Les courses dans les deux poules, qui se disputeront toutes en flotte, établiront à la fin de chaque régate un classement par points. À l’issue des phases de qualification, les quatre équipages de chaque groupe ayant obtenu le plus de points, seront alors qualifiés pour la finale les 21 et 22 juin.

FINALE : 21 ET 22 JUIN 2017

Les huit bateaux encore en course se disputeront le trophée durant les deux derniers jours de la compétition au cours de plusieurs régates disputées en flotte. Le 22 juin 2017, un dernier bilan comptable désignera le vainqueur de la finale ayant obtenu le plus de points. Le lauréat de la Red Bull Youth America’s Cup 2017, succèdera alors à l’équipage néo- zélandais, gagnant de l’édition 2013.

Prêt à régater

Passage en revue du Class AC, le bateau à bord duquel Franck Cammas et ses hommes devront affronter leurs cinq adversaires.

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L’AÉRODYNAMIQUE DU CLASS AC : Elle est divisée en deux parties : aérodynamique de l’aile et aérodynamique de la plateforme. Concernant l’aérodynamique de l’aile, trois axes sont travaillés : le calcul des charges, les études dites CFD afin notamment de simuler le vent autour du bateau et enfin le North VPP afin de quantifier l’impact de différents réglages sur les performances du bateau. L’aérodynamique de la plateforme consiste quant à elle à étudier des carénages appelés aussi fairings pour diminuer la traînée du bateau dans l’air.

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L'AILE : construite en carbone et recouverte du même film tendu à chaud que l’on trouve sur les barquettes alimentaires, l’aile du catamaran est composée de deux parties. Le volet 1 qui est la partie structurelle, intègre le mât (monotype) qui vient se poser sur une boule de 6 cm de diamètre positionnée sur la plateforme. Le volet 2 qui correspond à la partie arrière, est constitué de trois volets dénommés Flaps.

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LE SYSTÈME DE COMMANDES DES FOILS : Issu de l’aéronautique, le système de commandes des foils permet de contrôler et d’imposer les mouvements des foils. Trois sortes de mouvements sont identifiés : longitudinal (rake), latéral (cant) et enfin extension verticale (up and down). Le barreur dispose de 27 commandes pour actionner les systèmes, régler les foils et ainsi stabiliser le vol du Class AC. Le réglage est d’ailleurs un enjeu essentiel de ces bateaux afin de pouvoir stabiliser le vol durant une régate.

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LE TRAMPOLINE : Plus grand qu’un court de tennis, ce filet en composite très léger, robuste et tendu entre les coques, permet à l’équipage de se déplacer lors des manœuvres.

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LES COCKPITS : Le Class AC dispose de six cockpits au total répartis de manière égale sur les deux coques. Ils servent au barreur et aux winchers. Dans son cockpit, appelé aussi « baignoire » dans le jargon, le barreur se sert de la barre à roue pour diriger le bateau tandis que dans les autres cockpits, ses coéquipiers produisent de l’énergie en tournant les manivelles de winches

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LES APPENDICES : Le rôle des appendices est de s’appuyer sur l’eau et de permettre au bateau de se lever avec la vitesse. Sur le Class AC, il s’agit des foils, en forme de L, orientables et rétractables. Ce sont eux qui permettent au Class AC de s’extraire de l’eau grâce à une poussée verticale. Les autres appendices qu’on trouve sur les bateaux de la Coupe sont appelés safrans et reconnaissables à leur forme en T. Ils sont également réglables et positionnés à l’arrière des deux coques (un par coque). À noter que ces appendices sont aussi tranchants que des couteaux aiguisés.

Parés pour naviguer

Côté sécurité et équipement, passage en revue des 5 éléments indispensables des marins.

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LE CASQUE : Imposé par l’organisateur, le casque que l’on porte sur le bateau doit répondre aux mêmes normes de sécurité que celles qui régissent le ski professionnel. Nos casques sont profilés pour les rendre le plus aérodynamique possible. La fonction du casque est très simple : les bateaux sur lesquels nous naviguons sont très rapides sur l’eau, il y a donc de vrais risques de chocs au niveau de la tête, notamment lors des phases de décélération où l’on peut alors être éjecté du bateau. On peut également se cogner la tête contre une partie en carbone du catamaran.

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LE SYSTÈME RADIO : Les six marins à bord du bateau sont équipés d’un système radio mais, en course, il n’y a que deux équipiers qui parlent : le barreur, Franck Cammas, et le tacticien, Thomas Le Breton. Ceux qui se trouvent sur la colonne avant du bateau sont également équipés car sans cet équipement ils n’entendraient rien avec le bruit du vent. Les oreillettes (sans micro) qu’ils portent, leur permettent ainsi de bien percevoir les directives du barreur et du tacticien, notamment lors du déclenchement des manœuvres.

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LE DETENDEUR : C'est un tuyau qui court le long de l’épaule et qui vient se loger dans une poche pectorale sur le devant du gilet afin de s’en saisir le plus vite possible en cas de souci. Ce détendeur est relié à une bouteille d'oxygène, en cas de chavirage où si l’on se retrouve coincé sous le bateau afin de pouvoir respirer durant cinq minutes en attendant les secours ou pour tenter de se libérer par ses propres moyens. Notre équipage a intégré cette bouteille discrètement dans le dos du gilet via une poche.

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LE COUTEAU : Nous avons choisi un petit poignard de plongée à lame repliée intégré au gilet. La lame du couteau ne doit pas dépasser les 15 centimètres. Chaque marin place son couteau où il le souhaite sur son corps, notamment selon qu’il soit gaucher ou droitier. La fonction du couteau est de pouvoir aider à s’extirper d’une situation fâcheuse. En cas de chavirage par exemple, si on se retrouve coincé sous le filet, le couteau permet de couper le filet pour se dégager soi- même ou pour dégager un coéquipier.

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LE GILET DE SAUVETAGE ET LA COMBINAISON : Le gilet de sauvetage est un gilet classique qui doit juste répondre à une norme de flottabilité minimum. En outre, à l’instar des coques que portent les skieurs, nous portons des protections amovibles dans nos combinaisons en néoprène : dans le dos, sur les tibias et les genoux. Ces protections servent en cas de choc reçu sur les parties en carbone du bateau.

NOS FRANÇAIS ONT DU TALENT

Nous avons donné la parole à des personnalités françaises qui font rayonner l’image de la France partout dans le monde au travers de leurs performances, de leur savoir-faire et de leur talent. Des femmes et des hommes aux trajectoires différentes mais guidés par la même passion.

ÉMILIE GOMIS

Joueuse de basket-ball – 194 sélections en équipe de France.

Médaille d’or au Championnat d’Europe 2009 – Médaille d’argent aux JO de Londres de 2012.

Émilie, vous avez déjà porté le maillot de l’équipe de France à 194 reprises. Quelle carrière en Bleu !

Porter le maillot de son pays est un tel honneur. À chaque match, j’ai eu cette même envie de tout donner sur le terrain. Pour moi issue d’une famille modeste, ce rêve de porter un jour le maillot de l’équipe de France, était quelque chose d’impensable. Pourtant, je le porte depuis 2002 et toujours avec le même attachement…

Un maillot avec lequel vous avez notamment gagné une médaille d’argent aux JO de Londres en 2012…

J’en conserve un souvenir exceptionnel. Sportivement, mais aussi humainement, grâce à tous ces moments de partage vécus avec l’équipe. Nous partagions toutes la même envie de gagner, la même niaque.

Un dernier mot pour Franck Cammas ?

Franck, nous sommes tous derrière toi, avec toi ! Nous espérons de tout cœur que vous reviendrez des Bermudes avec le trophée. Quoi qu’il en soit, nous vous soutiendrons chaudement.

CHRISTOPHE JALLET

Joueur de football de l’Olympique Lyonnais – 13 sélections en équipe de France.

Finaliste de l’Euro 2016.

Porter ce maillot bleu sur les épaules, ça ajoute de la pression ?

Il est vrai que la pression est forte car nous sommes parfaitement conscients qu’il y a des millions de personnes qui regardent les matchs de l’équipe de France de football. Mais en vérité, cette pression, les sportifs de haut niveau la vivent au quotidien dans leur club et lors de toutes les compétitions auxquelles ils participent. Je dirais qu’il s’agit d’une pression positive et indispensable à tout sportif professionnel car elle doit permettre de se surpasser.

Quelque chose à dire à Franck Cammas et au défi  français ?

Cette Coupe de l’America est une sacrée expédition, un défi génial pour l’équipe de France. Je vais vous dire, j’ai un immense respect pour ces navigateurs qui défient les éléments. Ce sont des sportifs de haut niveau aussi costauds mentalement que physiquement. Ces régates aux Bermudes vont être une bataille de chaque instant et je souhaite le meilleur pour Franck et ses hommes. Le principal est qu’ils portent au plus haut les couleurs de la France .

DOMINIQUE LOISEAU

Femme d’affaires dans l’art de vivre – Présidente de Bernard Loiseau SA.

Madame Loiseau, vous représentez tout un savoir-faire français. C’est un travail d’équipe ?

Absolument, il s’agit d’une grande chaîne qui participe dans son ensemble à ce que nous proposons ensuite à notre clientèle. Notre priorité est de faire travailler des entreprises françaises pour faire perdurer notre savoir-faire, unique dans le monde.

L’excellence française, est-ce une exception culturelle ?

L’excellence française est le fruit de notre culture et nous sommes les gardiens amenés à la perpétuer. Un exemple de ce que j’avance est le repas gastronomique à la française, désormais inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. C’est une reconnaissance de nos filières d’excellence et il était essentiel que nous puissions matérialiser ainsi notre tradition, notre apport au reste du monde.

Madame Loiseau, un mot pour l’équipage français ?

Je n’ai pas de mots assez forts pour leur exprimer mon admiration. Ce sont de grands hommes qui se sont entraînés très dur pendant des mois pour se préparer. Je souhaite sincèrement que tout se passe au mieux pour le défi français et qu’il parvienne à gagner le trophée pour le rapporter en France.

PAUL JEDRASIAK

Joueur de rugby – ASM Clermont Auvergne.

Quatre sélections en équipe de France.

Paul, qu’avez-vous ressenti à l’annonce de votre première sélection ?

Pour moi, tout s’est déroulé très vite. J’ai obtenu ma première sélection lors du Tournoi des six Nations, le 6 février 2016. Ç’était beaucoup d’émotions mais je ne voulais surtout pas qu’elles me submergent. J’ai alors eu la chance d’être encadré par ma famille, mais également par toute l’équipe de l’ASM Clermont et tous les joueurs qui avaient déjà connu l’équipe de France. En revanche, après le match j’ai vraiment savouré, j’étais fier de cette première sélection.

En voile comme en rugby, le fameux french flair a donné ses lettres de noblesse au sport français, ça vous inspire quoi ?

C’est vrai qu’historiquement le french flair caractérise le sport français à l’étranger et donc l’exception française. Reste que pour un joueur de rugby professionnel qui joue pour son pays, le principal est quand même de mettre en place le projet de jeu du coach et de s’y tenir.

Paul, un message à transmettre à Franck Cammas et à ses hommes ?

Je leur souhaite énormément de belles choses durant la compétition. De réussir dans ce projet de longue haleine qui a dû leur demander beaucoup de sacrifices et de travail. Le rugby français suivra évidemment de près leurs performances lors de la phase finale de la Coupe de l’America et sera de tout cœur avec eux aux Bermudes.

PATRICK POIVRE D’ARVOR

À sa façon, il a lui aussi fait rayonner la France pendant plus de 20 ans en étant le présentateur- vedette du JT de 20 heures sur TF1. Patrick Poivre d’Arvor est ce personnage emblématique auquel se sont attachés tant de Français. Et un observateur attentif de la voile et son histoire.

Patrick Poivre d’Arvor, vous pratiquiez la voile mais vous étiez aussi proche de certains navigateurs français…

Oui, j’ai notamment eu la grande chance de naviguer auprès d’Éric Tabarly, de Loïck Peyron, en compétition, mais également aux côtés de Laurent Bourgnon et de son frère Yvan, avec lequel j’ai couru la Transat Québec- Saint-Malo en 1996.

Connaissez-vous également Franck Cammas ?

Oui j’ai eu le privilège de naviguer avec lui, mais nous avons également disputé une étape du Tour de France ensemble pour le compte de l’association Mécénat Chirurgie cardiaque. Je peux vous dire que sur un vélo aussi Franck Cammas est très bon.

Que vous inspire la présence du défi français à la 35e Coupe de l’America ?

J’aurais été très triste que la France ne soit pas représentée aux Bermudes, d’autant que c’est une aventure collective qui permet de faire travailler beaucoup d’entreprises de notre pays et de mettre en lumière leur savoir-faire.

Un mot d’encouragement, pour finir, à Franck et son équipe ?

Je vais d’abord répondre assez classiquement en leur souhaitant « bon vent » , mais il y a aussi l’expression bretonne « Adieu-vat » que les marins connaissent bien et que j’affectionne. Oui, j’aime cette idée qu’on se retrouve toujours…

MICHEL DESJOYEAUX À LA RENCONTRE DES MARINS FRANÇAIS

Après son tour du monde en solitaire pour l’un et sa victoire au Vendée Globe , pour l’autre, Michel Desjoyeaux était curieux d’échanger avec ces deux grands marins : Thomas Coville et Armel Le Cléac’h. Rencontre.

INTERVIEW TOUTE PREMIÈRE FOIS AVEC THOMAS COVILLE

Ta toute première fois dans un bateau ?

Dans une Caravelle, à Saint-Jacut-de-la-Mer. Je n’étais alors pas parti bien loin, jusqu’à l’île des Ebihens, mais ça représentait néanmoins pour moi un véritable voyage. C’est un souvenir inoubliable.

Ta première vraie peur sur l’eau ?

Lors de la mini-transat, sur un bateau de 6,50 mètres. Le bateau s’est couché sur l’eau et a commencé à se remplir. Je me suis alors dit que je ne maîtrisais plus grand-chose.

Ton premier grand kiff en mer ?

Le premier, sur une planche à voile, lorsque j’ai senti la planche partir sur une vague et se mettre à planer. J’ai alors été totalement submergé par cette émotion . Il y a aussi eu la première fois où je me suis élevé sur une coque,  avec Laurent Bourgnon. Je ne savais pas quand ça allait s’arrêter…

Ta première victoire importante ?

Ça peut paraître paradoxal mais ça n’a pas été une victoire personnelle mais la première qu’a obtenue, avec mon concours, Laurent Bourgnon à la Route du Rhum (ndlr : en 1994), où j’étais son technicien. Remporter une victoire collective est quelque chose que j’ai toujours aimé et qui me correspond bien, pour les sensations uniques que cela procure par le prisme du partage.

Ta première grande désillusion, déception sur l’eau ?

J’en ai eu tellement… C’est le lot de notre vie d’athlète et c’est logique puisque nous cherchons toujours à obtenir de grandes victoires. Je dirais mon premier tour du monde en solitaire en multicoque où j’ai percuté une glace en Afrique du Sud. Ce fut un traumatisme difficile à soigner. Mais, en vérité, le chemin de la reconstruction qui suit une défaite ou un passage difficile est finalement le suc des plus grandes victoires.

ARMEL LE CLÉAC'H

« LE DÉFI FRANÇAIS A UNE BELLE CARTE À JOUER »
Quelques semaines après sa retentissante victoire au Vendée Globe avec Banque Populaire, Armel Le Cléac’h s’est confié à Michel Desjoyeaux à propos de la Coupe de l’America et du défi  français.

MD : Franck Cammas le marin en quelques mots, ça donne quoi ?

ALC : Franck est d’abord un très gros bosseur, un boulimique de travail. Il n’y a qu’à voir toutes les activités physiques auxquelles il participe en dehors de la navigation. C’est un marin avec un mental de gagneur, qui sait ce qu’il veut et qui dépense toujours toute son énergie pour parvenir à ses fins.

Franck est un très gros bosseur, un boulimique de travail.

MD : Un fou furieux quoi ?

ALC : (Il éclate de rire) Non, mais c’est vrai que parfois on en rigole un peu entre marins car cette mentalité jusqu’au-boutiste est poussée à l’extrême. On n’a jamais joué ensemble à un jeu de société mais je suis persuadé que Franck mettrait là aussi tout en œuvre pour gagner la partie! Je plaisante car cette mentalité lui a permis de remporter toutes les victoires acquises au fil de sa carrière.

MD : C’est un leader qui sait aussi déléguer et faire confiance à ses équipiers…

ALC : C’est ce que me confirmait justement Ronan Lucas, Directeur du Team Banque Populaire, qui a beaucoup navigué avec Franck et avec lequel il est ami dans la vie. Certes, Franck est très exigeant avec ses gars mais il leur fait aussi confiance et les laisse exprimer leur savoir-faire sur un bateau.

MD : Cammas, Gabart, Coville ou encore toi, vous représentez la nouvelle génération triomphante de la voile française. C’est quoi votre secret ?

ALC : Nous avons la chance d’avoir en France un véritable savoir-faire en matière de formation et une culture exceptionnelle de la course au large. Il existe aussi dans notre pays une espèce de dynamique positive autour de la voile. Nous, marins, sommes finalement le dernier maillon de cette chaîne. Enfin, nous avons également la chance de disposer de partenaires économiques qui croient en nous et nous accompagnent dans nos projets.

MD : Armel, parlons de la Coupe de l’America. Que représente-t-elle pour toi ?

ALC : Beaucoup de choses. C’est l’événement ultime de la voile, le trophée le plus important à gagner pour un marin, quelle que soit sa nationalité. Malheureusement, en France, l’impact de la Coupe de l’America reste encore limité…

MD : C’est une compétition qui t’a toujours intéressé ?

ALC: Oui, à l’époque je me réveillais au beau milieu de la nuit pour suivre les courses en direct à la radio, sur France Info qui retransmettait les régates depuis San Francisco ou San Diego. J’aime tellement cette compétition que l’un de mes livres de chevet est Et le kangourou terrassa l’aigle de John Bertrand qui relate la victoire australienne dans cette compétition en 1983, après 132 ans d’hégémonie américaine.

MD : Tu es en train de me dire que tu rêves d’y participer ?

ALC : J’aimerais déjà beaucoup y participer en tant que spectateur (rires). Plus sérieusement, pouvoir naviguer à bord d’un de ces bateaux volants, ça ne peut pas laisser indi érent le marin que je suis. Alors oui, pourquoi pas un jour me retrouver dans une équipe pour participer à la Coupe de l’America.

MD: Une Coupe de l’America, ça se gagne comment ?

ALC : D’abord, la nouvelle réglementation va dans le bon sens. Elle a permis une certaine homogénéisation des bateaux, gommant quelque peu les disparités entre les équipes. L’aspect technologique est prépondérant pour espérer obtenir un bon résultat dans cette compétition mais, au-delà, il s’agit d’un ensemble de facteurs : la cohésion d’équipe, le talent du skipper… Il faut que tout fonctionne de bout en bout car ça se joue à des détails, avec des participants qui sont tous de très haut niveau.

MD : Le défi français peut-il croire en ses chances aux Bermudes ?

ALC : Les Français ont une chance. Lors du circuit préliminaire, on a vu que notre équipage pouvait parfois sortir du lot. C’est une équipe qui travaille beaucoup et qui apprend très vite de ses erreurs.

MD : Armel, chacun se souvient de ton duel épique contre Alex Thomson lors du dernier Vendée Globe. Tu aimes quand ça bagarre en mer face à un adversaire ?

ALC : Je vais même plus loin : c’est ce qui me passionne. Mes deux derniers tour du Monde ont d’ailleurs été de véritables luttes acharnées. Lors du dernier Vendée Globe, j’ai dû m’employer comme un fou pour conserver la tête jusqu’au bout. Évidemment, avoir gagné de cette manière a sans aucun doute donné une saveur supplémentaire à ma victoire. En sport, de manière générale, les plus belles histoires sont celles qui ont donné lieu à des duels indécis jusqu’au bout, à des scénarios improbables…

MD: Armel pour  finir, un message personnel à faire passer au défi  français ?

ALC : Je n’ai pas de conseil particulier à donner à Franck et à ses hommes qui savent mieux que personne quel est leur objectif et comment y parvenir. C’est une équipe motivée et soudée, avec un sponsor fidèle, Groupama, qui accompagne Franck depuis de longues années. Tous les ingrédients sont donc réunis sur le papier pour que le défi français fasse quelque chose de beau aux Bermudes. Je te le redis, je suis confiant.

MARC PAJOT RACONTE LA COUPE

Qui mieux que Marc Pajot pouvait laisser libre court à son éloquence pour nous instruire sur des périodes, des hommes et des bateaux qui ont fait l’histoire de la Coupe de l’America. Spectateur toujours très attentif de la compétition et surtout double demi-finaliste de l’épreuve sur French Kiss puis Ville de Paris, l’ancien équipier d’Éric Tabarly raconte.

LE CV DE MARC PAJOT

 

COUPE DE L’AMERICA

  • Demi-finaliste avec French Kiss et Ville de Paris : 1987 et 1992

 

JEUX OLYMPIQUES

  • Médaille d’argent aux JO de Munichen Flying Dutchman : 1972

 

DÉRIVEURS

  • Champion du monde de 505 : 1974
  • Champion du monde de Flying Dutchman : 1975
  • Médailles d’or aux jeux pré-olympiques et méditerranéens en Flying Dutchman : 1975

 

DISTINCTIONS

  • Chevalier du Mérite Maritime
  • Officier dans l’ordre national du Mérite

1851 : L’ORIGINE DE LA COUPE DE L’AMERICA

L’histoire de la Coupe de l’America remonte à 1851, une compétition amicale au cours de laquelle se défiaient uniquement Anglais et Américains, autour de l’île de Wight. À l’époque, on courait sur d’immenses bateaux en bois de 30 mètres avec des mâts de 50 mètres et les équipages étaient déjà composés d’excellents marins et régatiers rompus aux courses sur une seule journée, à l’opposé des grandes navigations océaniques. À l’issue de cette première régate du Royal Yacht Squadron remportée en 1851 par l’équipage américain sur la goélette America face à 14 navires tous britanniques, la reine Victoria, qui avait suivi la course et avait demandé qui avait terminé second, se vit répondre : « Majesté, il n’y a pas de second. » tant la domination des Américains ne sou rait pas la discussion. Une mainmise des Américains qui durera durant 132 ans, avant que les Australiens de Australia II n’y mettent un terme en 1983.

La Coupe de l’America a toujours été le terrain privilégié des architectes, des ingénieurs, des accastilleurs, etc. La progression des voiles des bateaux, par exemple, s’est faite au travers de la Coupe de l’America qui a été un magnifique banc d’essai pour la conception et la technologie.

Ce qui est également remarquable dans cette compétition, c’est que, bien que le règlement ait évolué au cours des différentes éditions, le principe est resté inchangé au fil du temps : il a toujours été question de duels, notamment celui de la fameuse finale qui oppose le Challenger au tenant du titre appelé Defender.

 

 

 

EN VIDÉOS :

1970 : LE BARON BICH

1987 : FRENCH KISS

2013 : ORACLE TEAM USA VS EMIRATES TEAM NEW ZEALAND

Lorsque j’ai arrêté la compétition, j’ai continué à m’intéresser à la Coupe en tant que spectateur, avec un regard de passionné. Notamment pour la partie technologique intimement liée à la Coupe de l’America. Et puis, j’ai encore pas mal d’amis qui sont toujours en activité et qui me permettent de rester connecté avec cette compétition. J’ai donc bien entendu suivi de près la finale de 2013 entre les Américains et les Néo-Zélandais.

Lors de cette finale, je me trouvais avec ma famille à San Francisco où se déroulait la compétition. Au départ, il n’y avait pas grand monde qui suivait les premières régates toutes perdues par l’équipage américain jusqu’à… la remontée fabuleuse de Oracle et sa victoire 9-8 après avoir été mené 8-1. Un grand coup de chapeau d’ailleurs au coach français de l’équipe américaine, Philippe Presti, qui a joué un rôle-clef dans cette remontée.

Je pense que l’équipage néo-zélandais a fini par perdre la finale car il n’a pas su profiter psychologiquement de l’avance confortable qu’il avait sur l’équipage américain. Certes, les Kiwis ont quelque peu joué de malchance mais il n’empêche, ils n’ont pris aucun véritable risque pour enfoncer le clou en attaquant l’équipage américain, et ont fini par s’écrouler mentalement.

Après ce plongeon dans l’histoire de la Coupe de l’America, Marc Pajot a partagé son ressenti sur Groupama Team France.

Le défi français peut-il aller loin ?

Je souhaite sincèrement à Groupama Team France d’aller loin dans la compétition et je pense que l’équipage français peut y croire. Cette Coupe de l’America est imprévisible et les pronostics des observateurs n’ont pas toujours été les bons. Il me semble que Franck dispose d’une belle équipe, de personnes compétentes en ingénierie qui ont su travailler sur le fond. Il faut faire confiance à cette équipe.

À quoi doit s’attendre l’équipage français en course ?

La seule inconnue, c’est la découverte pour l’équipage français non pas du match-race classique mais du match-race dur, violent, à 35 nœuds… Quoi qu’il en soit, Franck et ses hommes doivent ne jamais perdre de vue qu’ils ont une chance incroyable de participer à la Coupe de l’America. Durant les régates, ils doivent garder la tête froide pour tenter de s’améliorer et d’analyser leurs forces et leurs faiblesses, course après course.

Qui fait figure de favori ?

En phase finale, il n’y a que des adversaires costauds, notamment l’équipage américain qui fait figure de favori. Il n’empêche, ça va se jouer sur des détails et il n’y a pas d’inquiétude à avoir, l’équipe française sera au niveau de ses adversaires. Pour ma part, je me rendrai évidemment aux Bermudes en juin prochain afin d’admirer ces bateaux volants. Et je porterai, bien entendu, un regard particulier, bienveillant et partisan sur les performances de l’équipage français.